Un mois à Paris après avoir passé le mois de mai dans une belle région, au soleil, avec des collègues absolument géniaux, ça ne pouvait être que moins bien. Je pensais quand même que ce serait moins terrible que ça l’est (reste encore une semaine + deux jours car j’arrête le 30). D’abord, j’ai pleuré je ne sais combien de temps à l’idée de quitter l’équipe que j’ai fréquentée en mai. Ensuite, à Paris, j’ai pris 90 euros dans la tronche directement en arrivant : le passe Navigo, cocotte. Ca commençait bien.
Le mieux a tout de même été le lendemain. Jour férié, peu de titulaires présents, mais les stagiaires étaient tenus d’arriver entre 9 heures et 9h30. C’est une assistante qui nous a accueillis (je suis pas la seule stagiaire de notre école à être arrivée ce jour-là) et nous a posés à nos bureaux, en attendant que quelqu’un nous explique un peu ce qu’on allait faire. Et on est restés seuls jusqu’à 10 heures. La titulaire qui est arrivée à cette heure-là se foutait complètement qu’on soit là ou pas, elle n’a même pas pris la peine de nous faire visiter.
Bon ensuite, on a passé l’après-midi sur mon plus gros fait divers jusqu’à maintenant et c’était bien lourd. Moi, je m’amusais bien avec les autres journalistes – tous les médias de tous les pays étaient présents -, un peu d’humour noir pour essayer d’oublier l’attente et l’absence de communication d’AF. Mais quand même, ça m’a bien saoulée.
C’était rien à côté de l’ambiance que j’allais supporter pendant tout le mois. Et que je suis pressée de quitter. A part deux collègues, dont une que j’ai du mal à cerner, ils slaloment tous entre indifférence et mépris. Il se trouve que je suis dans un service qui vit quelques difficultés. Les titulaires sont sans cesse en train d’en parler, à faire des messes basses entre eux, à faire comme si je n’existais pas alors que je suis à 50 centimètres d’eux et que, fatalement, j’entends tout ce qui se dit. Les insultes, les critiques, les stratégies. Tout. Et de tous les côtés, puisque j’ai hérité du bureau spécial stagiaires qui se trouve pile au milieu de tous les autres !
C’est invivable. Comment tu veux bosser sereinement quand deux ou trois personnes sont en train d’insulter celle que tu viens de voir aller prendre un café, juste à côté de toi ou debout juste derrière toi (tellement juste derrière qu’ils ont la main sur le dossier de ma chaise). Comment tu veux te sentir intégré à une équipe qui se comporte comme si tu n’existais pas ? Le matin, ils se disent bonjour en citant leurs prénoms respectifs et j’ai beau être en plein milieu, le mien ne sort pas de leurs bouches. Il faut que je lance un bonjour, assez fort, pour que, parfois, l’un ou l’autre daigne me répondre. Le soir, pour dire au revoir, c’est exactement pareil.
Non mais je sais pas moi, mais j’ai jamais vu ça. Je suis passée dans pas mal d’équipes différentes et jamais je ne suis tombée sur des gens tellement suffisants qu’ils ne me disaient pas bonjour et faisaient comme si je n’étais pas là le reste de la journée. Jamais. Et pourtant, j’ai déjà fait des passages plus courts qu’un mois dans une équipe. A chaque fois, il y avait au moins de la politesse et du respect, quels que soient les problèmes internes que les gens rencontraient.
Je ne dis pas que je veux retrouver l’ambiance que j’ai connue à deux endroits différents déjà, où je me suis intégrée en moins d’une demi-journée et où on s’appréciait entre collègues au point de pleurer de rire le jour de mon arrivée. Mais se dire bonjour, quand on bosse ensemble, c’est un minimum.
Remarquez, on ne bosse pas ensemble, c’est peut-être ça qui fait qu’ils ne jugent pas nécessaire de me dire bonjour. Je bosse pour le site internet et eux pour le papier glacé. C’est en partie un choix de ma part, mais en partie seulement. J’aime travailler sur le site parce que ça me permet de garder le rythme du quotidien (que j’aime) et de faire beaucoup de papiers. J’aime travailler sur le site parce que ça me permet de garder de l’autonomie dans mon travail, donc d’éviter d’avoir à trop voir les egos surdimensionnés qui m’entourent.
Mais quitte à être en stage dans la rédaction du papier glacé (parce que oui, je suis dans cette rédaction-là et non celle du site – la rédaction papier a l’obligation de nourrir le site avec de vrais papiers, celle du site reprend les dépêches AFP), autant faire au moins une fois un article dans le papier, non ? J’ai bien essayé : le fait divers là, il a fait l’objet d’un article dans le journal. J’étais sur place et ça m’intéressait de trouver un angle différent. Mais attention, un journaliste de la rédaction, un titulaire, qui n’était pas sur place et qui n’en avait strictement rien à foutre, se sentait carrément mieux placé que moi. Alors oublie, Clio, et ferme ta gueule.
Un peu plus tard, un dossier se préparait et j’ai été obligée d’aller à une conférence de presse à la place de la titulaire qui préparait ce sujet : la pauvre était en déplacement. J’y vais et je me dis que ça va me permettre de me greffer au dossier. Elle me le promet d’ailleurs. En rentrant de conférence, je fais un papier pour le site en prenant soin de ne pas utiliser les informations qu’elle souhaite utiliser dans son dossier sur le papier glacé, donc en me faisant ch*er pour trouver un angle original. Peu importe, elle a finalement décidé qu’elle ferait le dossier toute seule. Alors oublie, Clio, et ferme ta gueule.
Récemment, un lourd sujet pour notre service tombe. Je propose d’en faire un tout petit truc sur le site, mais ne parviens pas à parler à mon interlocuteur, qui exige la noblesse du papier glacé. Très bien, je m’arrange donc avec une titulaire pour que l’on prépare un truc toutes les deux pour un peu plus tard. La titulaire obtient des contacts de son côté et vend le sujet aux autres titulaires et au rédacteur en chef… sans moi ! Alors oublie, Clio, et ferme ta gueule.
Pourtant, à côté de ça, on me félicite régulièrement pour mon travail (dans la rédaction en chef et de la part d’un collègue plus ouvert, mais pas du côté de mes voisins qui sont bien trop occupés à se flatter ou à se cracher dessus).
Le problème ? Il vient du fait que le chef du service sera nommé dans quelques mois et qu’en attendant, ils ont tous décidé qu’il fallait absolument montrer qu’un chef est nécessaire. Donc ils se tirent dans les pattes pour avoir chacun le plus de pages possible, pour ne pas partager leurs sujets et leurs “scoops”, pour faire croire qu’ils sont débordés (alors qu’ils parviennent à trouver des heures et des heures pour téléphoner à leurs amis à l’étranger et/ou pour comploter entre eux devant ou derrière moi).
Vivement la fin du mois, je vous le dis. A part mon hébergement actuel et, peut-être, un collègue sympa, je ne garderai que des mauvais souvenirs de ce mois de juin 2009.